Avant l’arrivée de Cyberpunk: Edgerunners 2 le 20 octobre sur Netflix, difficile de ne pas repenser à la première série. En seulement dix épisodes, Studio Trigger a réussi à raconter une histoire courte, violente et profondément tragique. David, Lucy, Maine, Rebecca, la cyberpsychose, Night City et une bande-son devenue culte : quatre ans plus tard, Edgerunners fait toujours aussi mal.
Attention : cet article contient des spoilers importants sur Cyberpunk: Edgerunners.
J’avais déjà terminé Cyberpunk 2077 plusieurs fois avant de découvrir Edgerunners. Je connaissais Night City, ses quartiers, ses gangs et cette sensation permanente que quelque chose pouvait mal tourner au coin de la rue. Pourtant, suivre David Martinez m’a permis de voir cette ville autrement. Derrière un nouveau personnage, je retrouvais finalement une trajectoire assez proche de celle de V. C’était celle d’une personne condamnée qui tente malgré tout de devenir quelqu’un avant que Night City ne la rattrape.
C’est aussi ce qui m’a immédiatement accroché à la série. L’animation complètement folle de Trigger, la relation entre David et Lucy, la cyberpsychose ou encore l’utilisation de musiques déjà présentes dans le jeu donnent l’impression qu’Edgerunners ne se contente pas d’utiliser l’univers de Cyberpunk 2077. La série le prolonge. Parfois, elle va même jusqu’à changer notre manière de regarder certains éléments du jeu.

David Martinez : toujours plus de chrome, jusqu’au point de non-retour
David commence son histoire en cherchant simplement sa place. Après la mort de sa mère, il s’éloigne du chemin qu’elle avait imaginé pour lui, installe le Sandevistan et finit par rejoindre Maine et son groupe d’Edgerunners. Le chrome lui donne d’abord une chance de survivre dans un monde qui ne lui faisait aucun cadeau. Puis cette puissance devient progressivement une obsession.
C’est ce que j’aime dans son évolution. David n’est pas seulement un personnage qui devient toujours plus fort parce que le scénario l’exige. Chaque nouvelle modification de son corps le rapproche de ce qu’il pense devoir devenir, tout en le poussant vers sa propre destruction. Il finit par croire qu’il est différent, capable d’encaisser davantage que les autres et de repousser sans cesse les limites de son corps.
La course au chrome ressemble alors de plus en plus à une addiction. Il faut toujours une augmentation supplémentaire, davantage de puissance et une nouvelle manière de dépasser la limite précédente. David devient plus fort, plus imposant et plus respecté, mais cette ascension a un prix. Plus il gagne en puissance, plus il perd progressivement le contrôle.
Maine, l’avertissement que David refuse d’entendre

Maine est probablement le meilleur avertissement que David pouvait recevoir. C’est aussi l’un des personnages qui m’a le plus marqué dans la série. Sa descente dans la cyberpsychose permet de voir directement ce que cette maladie fait à quelqu’un avant qu’il ne devienne totalement incontrôlable.
Cyberpunk 2077 abordait déjà le sujet avec les missions consacrées aux cyberpsychos, mais on arrivait généralement une fois le drame consommé. Avec Maine, on observe la dégradation, les hallucinations, les accès de violence et surtout l’impuissance de ses proches. La série donne ainsi beaucoup plus de poids à un thème que le jeu exploitait surtout à travers des missions annexes.
David voit tout ça. Il comprend ce qui arrive à Maine, puis reprend malgré tout exactement la même route. Sa fin devient donc assez prévisible : son corps finit par atteindre un point où les modifications sont trop importantes pour revenir en arrière. Il voulait devenir quelqu’un à Night City et, d’une certaine manière, il y est arrivé. Simplement pas comme sa mère l’avait imaginé.
David passe toute la série à croire que son corps peut supporter ce que Night City lui impose. Mais à Night City, l’addition finit toujours par arriver.
David et Lucy : un rêve qui finit par coûter beaucoup trop cher
Au milieu de toute cette violence, David et Lucy forment le véritable cœur émotionnel d’Edgerunners. Leur relation fonctionne parce qu’elle n’est justement pas parfaite. Au départ, Lucy est très mystérieuse, cache énormément de choses à David et leur relation possède même quelque chose d’assez toxique. Elle poursuit ses propres objectifs, tandis que David est encore impressionné par ce nouveau monde auquel elle vient de l’introduire.
La situation évolue heureusement avec lui. David gagne en confiance, prend sa place dans le groupe et finit progressivement par s’émanciper de Lucy. Leur relation devient plus équilibrée et le rêve de la Lune prend alors une importance particulière. Pour Lucy, elle représente la possibilité de quitter Night City. Elle rêve de vivre enfin loin des corporations, des gangs et de cette violence permanente.
David finit pourtant par transformer le rêve de Lucy en sa propre mission. Et c’est probablement ce qui rend leur histoire aussi cruelle : il réussit finalement à lui offrir ce qu’elle voulait, mais il ne sera jamais là pour en profiter avec elle. Rebecca apporte une autre dynamique à cette relation. Son attachement pour David est évident, mais la série évite heureusement de transformer le triangle amoureux en moteur principal de l’histoire.
Et puis il y a I Really Want to Stay at Your House. Pour moi, le morceau est aujourd’hui complètement indissociable de David et Lucy. La chanson existait déjà dans Cyberpunk 2077, mais Edgerunners lui a donné une nouvelle dimension émotionnelle. Quand on retourne ensuite dans le jeu et qu’elle commence à passer tranquillement à la radio, elle ne sonne tout simplement plus de la même manière.

Une série qui ne cherche jamais à nous ménager
Cyberpunk: Edgerunners raconte toute son histoire en seulement dix épisodes.
Ça va vite, parfois même très vite, mais c’est aussi l’une de ses principales forces. Il y a très peu de gras et la série préfère avancer constamment plutôt que de retenir artificiellement ses personnages pendant plusieurs saisons.
Ce rythme possède néanmoins un défaut : on comprend assez rapidement que tout cela va très mal finir. Plus David installe de chrome, plus la série insiste sur la cyberpsychose. De plus, plus les personnages parlent de leurs rêves, plus on sent que Night City va finir par les leur reprendre. La tragédie devient prévisible, mais ça ne la rend pas moins efficace lorsqu’elle nous tombe dessus.
Les derniers épisodes sont particulièrement durs. Maine n’est plus là, Rebecca disparaît de manière extrêmement brutale et David arrive face à Adam Smasher alors qu’il est déjà au bout de ce que son corps peut supporter. Smasher agit presque comme l’incarnation physique de la fatalité. Pendant quelques épisodes, David devient tellement puissant qu’on pourrait croire qu’il est capable de dépasser les règles de cet univers. Puis le véritable monstre arrive.
Face à Smasher, toutes les certitudes de David s’écroulent. Il n’est pas le héros invincible d’un shōnen qui débloquera une dernière transformation parce qu’il le veut suffisamment fort. C’est un jeune homme extrêmement puissant, mais déjà condamné. Il est opposé à quelque chose qui évolue encore plusieurs niveaux au-dessus de lui. La série nous avait annoncé sa chute depuis longtemps ; elle refuse simplement de détourner le regard au moment où elle arrive.
On sait que le train fonce vers le mur. Edgerunners nous oblige simplement à rester assis jusqu’à l’impact.

Night City gagne toujours
C’est probablement ce que la série m’a le mieux fait comprendre : Night City n’est pas seulement le décor de Cyberpunk. Elle devient presque un personnage à part entière. La ville promet constamment à ses habitants l’argent, la puissance, la célébrité ou simplement une chance d’échapper à leur condition. Pourtant, elle trouve toujours un moyen de reprendre ce qu’elle leur a donné.
David voulait laisser une trace. Au bout du compte, il réussit. Son nom devient même celui d’un cocktail servi à l’Afterlife dans Cyberpunk 2077, honneur réservé aux mercenaires devenus des légendes. Le problème, c’est que dans cette ville, il faut généralement mourir avant d’avoir droit à ce genre de reconnaissance.
C’est également ce qui rapproche David de V. Ils ne partagent ni la même histoire ni exactement les mêmes motivations. Cependant, ils cherchent tous les deux à dépasser leur condition dans une ville qui leur rappelle constamment que chaque rêve possède un prix. À Night City, le moyen le plus sûr d’entrer dans l’histoire reste souvent de passer par le cimetière.
Après Edgerunners, retourner dans Cyberpunk 2077 n’avait plus tout à fait la même saveur. Certains lieux prenaient un autre sens, les musiques rappelaient immédiatement des scènes de la série. Même les missions de cyberpsychose semblaient différentes après avoir assisté à la chute de Maine puis de David. Le succès de la série avait d’ailleurs accompagné un fort regain d’intérêt autour du jeu, CD PROJEKT RED ayant lui-même souligné son rôle dans le retour de nombreux joueurs à Night City.

Edgerunners Saison 2 n’a pas besoin d’un nouveau David
C’est justement ce qui rend l’arrivée de Cyberpunk: Edgerunners 2 intéressante. La nouvelle série sortira le 20 octobre 2026 sur Netflix et racontera une histoire indépendante en dix épisodes avec un nouveau groupe de personnages. CD PROJEKT RED et Trigger annoncent cette fois un récit centré notamment sur la vengeance et la rédemption.
Et c’est probablement la meilleure chose à faire. Je n’ai aucune envie de voir quelqu’un essayer de devenir le « nouveau David » ou de reproduire artificiellement sa relation avec Lucy. Leur histoire est terminée et sa conclusion fonctionne justement parce qu’elle est définitive. Ce que j’attends plutôt, c’est de découvrir un autre visage de Night City.
Pourquoi pas ses couches les plus sales, avec une histoire davantage tournée vers les Scavs, le trafic de chrome ou ceux qui vivent littéralement de ce qu’ils récupèrent sur les autres ? Night City offre largement assez de matière pour raconter des dizaines d’histoires différentes sans revenir constamment aux mêmes personnages. La première série a prouvé qu’elle n’avait pas besoin de V pour enrichir l’univers de Cyberpunk 2077. La suivante n’a donc pas besoin de David pour réussir.
David Martinez a eu son histoire. Elle s’est terminée comme beaucoup d’histoires se terminent à Night City : dans le sang, avec quelques rêves accomplis et beaucoup trop de regrets. Pour Edgerunners 2, il reste maintenant à découvrir qui sera le prochain à croire qu’il peut battre cette ville.
