Carrie est une des héroïnes d’horreur les plus célèbres du cinéma et de la littérature. Créée par Stephen King dans le roman éponyme, son histoire est adaptée par Brian De Palma en 1976 dans un film devenu culte.
Mike Flanagan, créateur de la merveilleuse The Haunting of Hill House et réalisateur du prochain film de la saga L’Exorciste ; s’attaque au mythe. La série Carrie est sortie sur Prime le 7 octobre dernieret tente une approche jamais vue. En 8 épisodes de 40 minutes environ, Flanagan donne son point de vue.
Une série pleine d’idées
Carrie tente de réadapter un livre de plus de 50 ans à l’ère moderne. La base de cette histoire est simple : une adolescente qui possède des pouvoirs psychiques se fait harceler jusqu’à ce qu’elle perde le contrôle. En réalité c’est un peu plus compliqué que ça, mais c’est la base en tant que telle.
Le harcèlement de notre époque ne va pas sans réseaux sociaux et c’est un grand axe de cette réécriture. Carrie est différente, vient d’une famille proche de la dérive sectaire qui lui a caché le vrai monde. Elle est gentille, pure, et se fait vite attaquer pour ça. Un compte Instagram est créé pour se moquer d’elle mais aussi des autres. Comme un gossip girl moderne, ce qui élargit certes le discours mais disperse la narration.

Et la narration ne cesse de se disperser, justement. Si Flanagan brillait par ses développements de personnages dans ses précédents projets, ici on a l’impression qu’ils stagnent voire rétro pédalent. Ils ont de la personnalité mais de manière archétypale et ça ne va plus loin que pour peu de personnages. Les méchants sont méchants parce qu’ils vont mal par exemple, mais on ne va pas chercher plus loin. Et c’est dommage, parce qu’on aurait pu avoir une étude de personnages très intéressante sur les variétés de comportements face à l’adversité. Et ça aurait renforcé le décalage d’une Carrie pure, gentille, qui a le cœur sur la main.
Parmi les personnages les plus intéressants, on retrouve cette moralité complexe. On pense surtout à la mère de Carrie, interprétée brillamment par Samantha Sloyan. Une femme qui sort d’un carcan abusif et qui s’ouvre au monde pour découvrir qu’elle aussi a une bonté inhérente. Une réécriture intéressante d’une mère qui faisait bien plus peur dans les itérations précédentes. Un exemple de portrait humain à la Flanagan, qui contraste avec une majorité de personnages assez creux.

Carrie dépeint une adolescence incomprise sans tout à fait la comprendre
Qu’est-ce qu’on comprend de l’adolescence dans Carrie ? Comment on l’exprime ? On a l’impression que les aspects qui traversent les générations sont intégrés mais qu’on bloque quand il s’agit de la Gen Z qu’on dépeint. Le point le plus réussi, c’est le décalage avec les adultes, le dialogue de sourd quand un enfant appelle à l’aide. L’inaction face au harcèlement exprime très bien ce problème sempiternel. Et cette impression que les adultes ne comprennent jamais rien et ne veulent pas écouter est un axe intéressant de la série. Mais, comme dit plus haut, c’est au détriment des personnages en eux-mêmes.
Les fameux archétypes sortent tout droit des teen dramas que l’on connait tous. La reine du lycée, son amie sympa, le petit ami parfait, la fille au style alternatif (avec un twist)… On les survole presque tous. On aurait pu reprendre les codes de l’horreur adolescente, aller jusqu’au bout de cette cruauté qui n’a parfois pas de limites. L’allier à cette inaction, faire monter une pression jusqu’au climax narratif : une cassure de la jeunesse qui plie sous cette méchanceté et sous la pression sociale.
Et le surnaturel ?
Cette nouvelle adaptation de Carrie met l’emphase sur les pouvoirs de son héroïne. C’est un point central qui est amené à exploser comme dans toutes les adaptations, mais aussi à aller plus loin. On sent une ambition de vouloir créer un personnage à la Eleven de Stranger Things. L’ambition exprimée par Flanagan de vouloir faire plusieurs saisons semble aller dans ce sens.
Dans mes rêves, je pense à trois saisons. Dans mes rêves, Carrie a un merveilleux arc en trois actes. C’est une trilogie, vraiment.
– Mike Flanagan à Collider

Et peut être que Carrie souffre un peu du syndrome de l’origin story qui est amené à avoir une suite, de l’œuvre qui s’accroche à la suivante. La série est plutôt bonne mais lacunaire sur plein d’aspects. On doit admettre qu’on en attendait aussi plus d’un Mike Flanagan qui a sorti chef d’œuvre sur chef d’œuvre dans son ère Netflix. L’aspect surnaturel fait partie de ce qui est solide, parce qu’il reflète bien l’aspect mental d’un personnage qui est parfois un peu lisse. C’est une porte d’entrée vers son fort intérieur qui lui donne de la profondeur psychologique. On manque cependant l’aspect terrifiant de ce qu’est Carrie, l’horreur engendrée par l’horreur.
Carrie est une série qui n’est pas mauvaise, mais pas transcendante non plus. L’héroïne n’a jamais été aussi bien adaptée que chez De Palma dans le film de 1976, et chaque itération moderne pêche à retranscrire l’horreur aussi humaine que surnaturelle. Carrie se regarde sans souci, a des qualités, mais n’est pas une série d’horreur très prenante. Les 8 épisodes sont disponibles sur Prime Video.
